Le problème (spoiler : c’est pas “juste une blague”)
La misogynie en salle de sport, ce n’est pas seulement trois regards lourds et deux remarques éclatées au sol. C’est un climat. Et ce climat a un impact mesurable sur la motivation, la performance et même la progression des femmes qui s’entraînent. Oui, mesurable. Pas “ressenti TikTok”.
Quand le cerveau se met en mode sabotage
Les études en psychologie du sport montrent que l’exposition à des stéréotypes sexistes active ce qu’on appelle la menace du stéréotype. En clair : quand tu rappelles implicitement à quelqu’un qu’il est “censé être moins bon”, ses performances chutent. Pas parce qu’il est nul. Parce que son cerveau tourne en fond sur “ne pas confirmer le cliché”.
En musculation, ça se traduit par :
- une baisse de la charge utilisée,
- une moindre prise de risque (moins de charges libres, moins de mouvements complexes),
- une augmentation de l’anxiété pendant l’entraînement.
Résultat : progression ralentie. Merci l’ambiance.
Fréquentation, adhérence, résultats : tout prend cher
Plusieurs travaux montrent que les femmes exposées à un environnement perçu comme hostile ou sexiste :
- fréquentent moins les salles,
- écourtent leurs séances,
- abandonnent plus souvent les programmes de long terme.
Or on le sait : la variable numéro 1 du progrès en musculation, ce n’est pas le split magique, c’est la constance. Et la misogynie est un tueur silencieux de constance.
Non, ce n’est pas “motivant”
Le mythe du “ça forge le caractère” ne tient pas une seconde face aux données. Un environnement perçu comme sécurisant et respectueux améliore :
- l’engagement,
- la perception de compétence,
- et la performance objective, chez les femmes comme chez les hommes.
Plot twist : une salle moins misogyne, c’est aussi une salle où tout le monde progresse mieux. Même Kevin, oui.
Ce que la science dit, pas l’ego
La musculation n’est pas un concours de domination sociale. C’est un stress mécanique appliqué à des tissus biologiques. Les muscles s’en foutent de ton machisme, mais le système nerveux, lui, est beaucoup moins indulgent.
Créer un environnement sans misogynie, ce n’est pas être “woke”.
C’est optimiser les conditions de performance. Point.
Sources
- Steele, C. M., & Aronson, J. (1995). Stereotype threat and the intellectual test performance of African Americans. Journal of Personality and Social Psychology.
- Beauchamp, M. R., et al. (2018). Social identity and stereotype threat in sport and exercise contexts. Psychology of Sport and Exercise.
- Prichard, I., & Tiggemann, M. (2008). Relations among exercise type, self-objectification, and body image in the fitness centre environment. Sex Roles.
- Spink, K. S., et al. (2010). Group cohesion and adherence in exercise classes. Journal of Sport & Exercise Psychology.
